Photo de Pierre sous la citadelle Chemin sur le Contadour

...Un fil conducteur m'était nécessaire, une sorte de satellite mental qui me permettrait de voir au loin Forcalquier et ses passions... (Les romans de ma Provence)

Autobiographie passionnelle

Auteur français né à Manosque le 19 septembre 1922. Etudes succinctes au collège de sa ville natale jusqu'à douze ans. De treize à vingt ans, typographe dans une imprimerie locale, chantiers de jeunesse (équivalent d'alors du service militaire) puis réfractaire au service du travail obligatoire, réfugié dans un maquis de l'Isère. Publie son premier roman, L'aube insolite, en 1946 avec un certain succès d'estime, critique favorable notamment de Robert Kemp, Robert Kanters, mais le public n'adhère pas. Trois autre romans suivront avec un égal insuccès. L'auteur, pour vivre, entre alors dans une société de transports frigorifiques où il demeure vingt-sept ans, continuant toutefois à écrire des romans que personne ne publie.

En 1976, il est licencié pour raisons économiques et profite de ses loisirs forcés pour écrire Le sang des Atrides, qui obtient le prix du Quai des Orfèvres en 1978. C'est à cinquante-six ans, le départ d'une nouvelle carrière où il obtient le prix RTL-Grand public pour La maison assassinée, le prix de la nouvelle Rotary-Club pour Les secrets de Laviolette et quelques autres.

Pierre Magnan vit aujourd'hui à Forcalquier. La sagesse lui a dicté de se rapprocher des lieux habités et de se séparer des surplus. C'est ainsi que sa bibliothèque ne se compose plus que de 25 volumes de la Pléiade et de quelques livres dépenaillés pour avoir été trop lus. Il aime les vins de Bordeaux (rouges), les promenades solitaires ou en groupe, les animaux, les conversations avec ses amis des Basses-alpes, la contemplation de son cadre de vie.

Il est apolitique, asocial, atrabilaire, agnostique et si l'on ose écrire, aphilosophique.


Portrait de Pierre © Micheline Pelletier


J'éprouve le besoin d'ajouter quelque chose à cette autobiographie succincte. Qui sait ? Cela servira peut-être de leçon à quelque auteur de province.

La publication de Le Sang des Atrides vendu à cent mille exemplaires ne me tira pas de l'ombre. On acheta machinalement le Prix du Quai des Orfèvres comme on achète le Goncourt. Le nom de l'auteur, ma foi...

Le suivant, Le Commissaire dans la Truffière fit seize mille exemplaires, Le Secret des Andrônes huit mille, Le Tombeau d'Hélios six mille, Les Charbonniers de la Mort quatre mille.

Quand je présentai La Maison Assassinée à Fayard, cet éditeur, découragé par ces échecs successifs, me retourna le manuscrit avec ce commentaire :

Il y a incompatibilité entre votre oeuvre et notre capacité à la défendre.

Je m'étais méfié du coup et j'avais adressé le manuscrit à trois autres éditeurs : Belfond, Seghers et Denoël. Belfond me répondit les trois lignes conventionnelles qu'on fait tenir à tous les auteurs débutants, à savoir : que mon ouvrage, malgré ses qualités, ne rentrait dans l'esprit d'aucune de leurs collections.

Seghers, par la plume de Louis Nucera alors directeur littéraire chez cet éditeur, me refusa le manuscrit trouvant que mon roman était trop littéraire pour être policier et trop policier pour être littéraire. Ce qui n'empêcha pas cet augure, un an plus tard, quand j'obtins le Prix RTL Grand Public, de m'ouvrir tout grand les bras, s'écriant que j'avais écrit là le plus beau bouquin de ces dernières années. Bref.

Modestement, Michel Bernard, directeur littéraire de chez Denoël, m'envoya deux lignes ainsi conçues :

Monsieur, je ne puis attendre plus longtemps pour vous dire le plaisir immense que la lecture de votre roman m'a procuré.

Croyez-vous que c'était gagné ? Point encore ! Toute la maison Denoël dut aller au charbon : à commencer par mon attachée de presse, l'admirable, la chère Marie-Laure Goumet, mais aussi le patron de Denoël, Gérard Bourgadier, et Michel Bernard, directeur littéraire, et Bernard Wallet, directeur commercial, et Michel Nadel, diffuseur, et même le comptable, Claude Rubio. Ils envoyèrent, avant la publication, deux mille exemplaires sans couverture à deux mille libraires, avec cette bande en travers : Vous devez absolument lire ce livre.

Mais je crois que ce qui emporta le morceau, ce fut, huit jours après la parution, la critique de madame Michèle Gautheyrou en première page du Figaro qui se terminait ainsi :

...Lecteur, quels que soient vos goûts, vous devez lire ce livre, il ne pourra pas vous décevoir.

Les tirages cumulés, toutes éditions confondues, de La Maison Assassinée, dépassent aujourd'hui les cinq cent mille exemplaires. Le refus des trois éditeurs de le publier n'était donc pas une faute de goût mais une faute commerciale.

Quelle conclusion peut-on tirer de cette aventure ? Aucune. L'édition est un jeu de hasard et quand on gagne, il n'y a jamais de quoi pavoiser.

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